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 Elle va revenir, c'est sûr (le 03/09/2007 à 20h21)

Elle va revenir, c’est sûr !

 

 

-         Patron ! Venez voir ce que j’ai trouvé dans un tiroir. On dirait un journal intime.

 

De sa longue carrière, le commissaire n’avait jamais été face à une situation aussi étrange. L’appartement dans lequel ils avaient trouvé ce corps en décomposition était bien rangé, propre, aucun signe d’effraction. Si ce n’était l’odeur, tout semblait en place pour une petite soirée romantique. La table bien dressée, les chandeliers portaient trace des bougies qu’ils avaient consumées, une chaîne hi-fi tournait en boucle sur une ballade. Il ne manquait que la femme. Le corps de cet homme, retrouvé assis sur le canapé, était habillé avec soin.

 

Le médecin semblait perplexe. Ses premiers constats. Il avait déjà vu des personnes mourir de faim mais jamais dans un appartement dont le frigo était plein, les placards regorgeant de provision et un poulet au four.

 

Le commissaire s’installa dans la cuisine et commença la lecture de ce curieux « journal intime »

 

Vendredi 24

 

Hier, elle m’a dit que tout était fini entre nous. Comment peut-elle le croire ? Son « ex » qui revient, qui lui demande une autre chance… Quand je dis son ex, c’est même pas vraiment son ex. Cela faisait déjà des mois qu’elle parlait de le quitter, que sa décision était prise, qu’elle allait le faire. Il a dû lui faire le coup du « je peux pas vivre sans toi », ce genre de chantage affectif à la « si tu pars je sens que je vais faire une connerie ».

 

Alors elle, je la connais, elle s’est posé plein de questions : « peut-être que, finalement, si je n’arrive pas à le quitter c’est qu’il doit y avoir une bonne raison ?... Peut-être… Une autre chance… pourquoi pas… »

 

Quand elle m’a raconté ça hier, je suis resté calme, triste mais calme. Après tout, si elle doit trouver LA bonne raison de le quitter, la bonne façon de le faire, cette « dernière chance » sera là pour ça.

 

Je lui ai simplement dit que ce qui m’importait était son bonheur et que je serai toujours là pour elle. Elle a souri. Elle sait bien que, dans le fonds, elle ne trouvera son bonheur qu’à mes côtés…

 

Samedi 25

 

J’ai passé une mauvaise nuit. Des cauchemars invraisemblables. Je la voyais dans les bras de « l’autre », un sourire de plaisir sur les lèvres, ce même sourire qu’elle a quand elle est dans mes bras.

 

La douche a rapidement effacé le souvenir de ce rêve désagréable. Dans la salle de bains, ce matin, j’ai vu sa brosse à dents, sa serviette, et j’ai souri. Une femme qui laisse une partie de son intimité sait bien qu’elle est appelée à revenir. C’est un signe. Un mauvais rêve, rien de plus. Elle sera là ce soir. Cette « dernière chance » est un leurre, pour elle, pour lui…

 

Je suis allé aire des courses, puisqu’elle va revenir, je vais lui préparer son plat préféré. Elle va pleurer dans mes bras, me dire qu’elle croyait que ça pouvait marcher entre eux, qu’elle s’est trompée. Et moi, je ne dirai rien, je serai là, celui qui la protègera, celui en qui elle peut avoir confiance. Et tout redeviendra comme avant.

 

Dimanche 26

 

Elle n’est pas venue hier soir. Sans doute avait-elle honte de revenir si vite après une décision si catégorique. Elle a dû aller chez sa mère ou chez une amie. Elle m’appellera dans la journée, en pleurs, et je lui dirai de venir, que rien n’aura changé, qu’elle sera toujours, dans mon cœur, la seule et unique femme capable de faire mon bonheur.

Elle va m’appeler aujourd’hui.

 

Lundi 27

 

Je me suis réveillé sur le canapé. C’est bête, non ? J’ai vérifié mon téléphone pour le cas où je n’aie pas entendu la sonnerie mais apparemment elle n’a pas téléphoné. Elle doit avoir peur. Terrée chez sa mère, se demandant si j’accepterai aussi facilement son retour… Si seulement je pouvais la rassurer… mais je n’ai pas le numéro de téléphone de sa mère, ni le sien d’ailleurs, elle n’a jamais voulu me le donner. C’est tout elle ! Etre libre. Libre, tout en sachant parfaitement qu’elle a son port d’attache, un lieu où, inexorablement ses pas la mèneront. Alors, je suis entré dans son jeu, je ne lui ai pas donné mon numéro. Cette idée de savoir que nous n’avons aucun moyen pour nous joindre me fait sourire. Un petit tour sur internet et je trouve son numéro, et elle pareil. Elle pourra savoir mon fixe assez facilement. Mais je n’ai pas de répondeur ! Et si elle frappe à ma porte et que je ne suis pas là ? Elle ne sait même pas où je travaille…

 

Je ne vais pas travailler aujourd’hui. Ce serait vraiment trop bête qu’elle trouve porte close et qu’elle en conclue que je me suis désintéressée d’elle alors qu’elle vient refaire sa vie avec moi !

 

Mardi 28

 

J’ai encore rêvé d’elle. Tout cela semblait tellement vrai que je me suis demandé si elle ne était pas venue dans la nuit. Mais je ne crois pas. Je n’ai pas bougé du canapé, je l’aurais entendue entrer.

 

Elle doit souffrir de cette absence, de ce poids de culpabilité qui l’empêche de revenir sous prétexte qu’elle a fait une bêtise. Si seulement elle savait que je l’attends, que son plat préféré est dans le four, que ce vin qu’elle apprécie tant est débouché, n’attendant qu’elle pour ouvrir tous ses arômes au plaisir de nos sens retrouvés.

 

Le boulot ne m’a pas appelé et ça tombe bien. Je ne peux pas y aller. Si elle n’est pas venue hier, c’est aujourd’hui qu’elle va venir, ça ne fait aucun doute…

 

 

Assis dans la cuisine, le commissaire commence à imaginer cet homme, assis sur son canapé, attendant, vérifiant le téléphone pour être sûr qu’il fonctionne.

 

Plusieurs pages de ce curieux « journal intime » expriment, jour après jour, cette certitude, grandissant avec le temps, inexorablement inéluctable. Les jours, les semaines, et ce petit bonhomme qui se réveille sur son canapé avec la certitude qu’ « aujourd’hui, oui, aujourd’hui, elle va frapper à sa porte en s’excusant et se jetant dans les bras de celui qui saura l’aimer ».

 

Puis les pages se font plus claires, les jours ne sont pas suivis, mais la conviction reste intacte.

 

Les derniers mots que le commissaire peut lire sont : « Elle va venir… »

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